Au Brésil, des traditions et cultures d’origines diverses (africaine, amérindienne, européenne) se côtoient et se mélangent naturellement. De ce métissage sont nées de nombreuses formes d’expression musicale (école de samba, bloco afro, nação maracatu, pagode, bossa nova, foro, tropicalisme…).
L’une d’elles, nous intéresse particulièrement. La pratique en orchestre des percussions issue des quartiers populaires : les écoles de samba à Rio de Janiero, les blocos de Salvador da Bahia et les naçãoes maracatus de Recife. Ces formations peuvent regrouper jusqu’à 300 percussionnistes. Leurs musiques ont chacune leur caractère propre mais un langage commun. Elles dégagent une énergie incroyable et créent des ambiances uniques.
Rio, avec ses écoles de samba, est la vitrine du carnaval brésilien (mouvement créé dans les années 1930 et issu des favelas). Chaque école de samba est composée de danseurs, d’une section mélodique et d’une section rythmique appelée bateria. La bateria est un ensemble de percussions structurées en sections instrumentales, comptant jusqu’à 300 musiciens. Elle peut aussi fonctionner comme un orchestre indépendant. Elle dégage une énorme énergie rythmique à laquelle il est impossible de résister. Sa puissance musicale touche émotionnellement et entoure physiquement le spectateur. Les rythmes joués par les différentes sections de la bateria s’entrelacent de manière très structurée et subtile. Il en résulte une musique au swing syncopé caractéristique, puissant, très rapide, complexe et exotique. C’est le samba carioca. On le retrouve principalement dans le samba enredo (samba de carnaval, chanté et accompagné par la bateria) et dans le pagode (chanson populaire, orchestre d’instruments à cordes et petites percussions). La participation à la représentation d’une bateria est un événement exceptionnel à vivre et difficile à retranscrire avec des mots. Ce sont des sensations physiques puissantes, des émotions mêlant joie, exaltation et euphorie. Ajoutés à ce tourbillon de pulsations précipitées de la bateria, la masse des costumes colorés des musiciens et les plumes et paillettes des danseuses donnent à l’ensemble l’allure d’une tornade colorée et inébranlable que rien ne semble pouvoir arrêter dans son élan d’allégresse explosive. Le samba carioca est un courant culturel qui reflète la réalité sociale des habitants des favelas. La pression sociale toujours croissante se traduit par une accélération des tempos, du swing entraînant des années 1970 aux cadences infernales de 160 battements par minute d’aujourd’hui, véritables exutoires populaires. Lors du carnaval, derrière son masque ou son tambour, chacun peut se défouler, se libérer et s’exprimer sans limites. Les instruments du samba carioca sont le repique, le surdo, la caixa, le tamborim, les agogos, les chocalhos, la cuica, la timba.
Salvador da Bahia est la capitale historique du Brésil. Son histoire est profondément liée à l’esclavage des peuples noirs et à la culture africaine en général. Les blocos afros sont des ensembles de percussions représentant chaque quartier populaire, comptant jusqu’à 150 musiciens. Leur composition instrumentale et leur répertoire sont différents des baterias de Rio. Les identités des blocos sont directement inspirées des cultures d’Afrique Noire, créoles et amérindiennes (calypso, salsa, reggae, zouk, etc). Ils mélangent traditions, rythmes sacrés (culte afro-brésilien du Candomblé) et modernes. C’est le samba reggae ou samba afro, métissage de samba (afoxé, samba de roda, capoeira), de musiques africaines et amérindiennes. Son swing est d’une radicale efficacité auprès de tous les publics de la planète. Les tempos sont posés, les rythmes chaloupés et hypnotiques. Les boucles rythmiques ondoyantes et sensuelles et la souplesse animale des déhanchements des danseurs font du bloco une invitation à un mouvement d’éveil apaisant et mystique, à la transe du corps et de l’esprit. Lors du carnaval, chaque bloco afro accompagne un trio electrico (camion aménagé avec de gigantesques enceintes sur le pourtour et une scène avec des chanteurs et une section mélodique sur le toit), véritables scènes mobiles. Contrairement aux baterias, les blocos jouent tout au long de l’année (sans trio electrico), déambulant dans les rues lors des manifestations culturelles et des fêtes religieuses (Fête de Iémanja, Lavagem do Bonfim, Fête de São Joachim, etc). Les instruments du samba reggae sont le repique, le surdo, la caixa, la timba, les agogos.
A Recife, le maracatu nação est avant tout lié à l’histoire de la colonisation du Brésil par les européens et à la traite des esclaves africains. Peut à peut autorisés à célébrer les fêtes dédiées aux saints chrétiens , les esclaves se sont regroupés par ethnies ou naçãoes pour progressivement remplacer les patrons chrétiens par leurs propres divinités, les orixas. Les orixas existent dans toutes les régions du Brésil et sont honorés lors des rituels religieux du Candomblé. Le maracatu joue le même rôle que la bateria ou le bloco. Métissant les cultures Amérindiennes, d’Afrique Noire et du Portugal, il représente un style de musique, de danse et de manière générale un type de cortège, de cérémonie. Les instruments du maracatu nação sont le gangé, les alfaias, la caixa, l’abé, le ilu et la timba.